Votre enfant semble avoir trouvé sa place parmi les autres. Il est invité aux anniversaires, joue toujours avec les mêmes copains à la récré et parle souvent de ses meilleurs amis. Pourtant, les histoires de disputes reviennent souvent quand il raconte sa journée.
« Léa n'a pas voulu jouer avec moi. » « Il m'a pris les feutres sans demander. » « Moi je voulais être pompier, pas pirate ! »
En tant que parent, ces contradictions peuvent surprendre. Comment des enfants si proches peuvent-ils se disputer aussi souvent ? Et faut-il y voir un signe de difficulté dans ses relations avec les autres ?
En réalité, ces disputes ne sont pas incompatibles avec une solide amitié. La recherche en psychologie du développement, notamment les travaux de Judy Dunn, suggère que les amitiés les plus fortes ne sont pas celles qui sont exemptes de conflits mais celles qui les supportent le mieux. Les tensions y sont donc plus fréquentes simplement parce que les enfants investissent davantage la relation.
Des désaccords qui accompagnent l'apprentissage social
Avant 3 ans, l'enfant suppose spontanément que les autres partagent son point de vue. Si un jeu lui plaît, pourquoi son copain voudrait-il jouer à autre chose ? S'il voulait être le premier à utiliser les feutres, pourquoi les autres ne l'auraient-ils pas compris ?
Puis, progressivement, il découvre que ses camarades ont leurs propres envies, leurs propres idées et leur propre façon de voir les choses. Les travaux du psychologue Henry Wellman montrent comment cette capacité, appelée « théorie de l'esprit », se développe au cours de l'enfance.
Entre 3 et 5 ans, les disputes entre copains sont donc souvent le signe que l'enfant est en train d'apprendre à composer avec plusieurs points de vue à la fois. Autrement dit, il ne s'agit pas forcément d'un problème relationnel mais plus souvent d'un apprentissage en construction.
Un laboratoire des compétences sociales
À travers ces petites tensions du quotidien, votre enfant s'entraîne à acquérir un ensemble de compétences sociales qu'il utilisera tout au long de sa vie. Communiquer de manière claire, exprimer ses besoins sans agressivité, écouter le point de vue de l'autre, trouver un compromis, négocier des règles… Toutes ces compétences ne s'apprennent pas dans un livre.
Les copains sont donc bien plus que de simples partenaires de jeu, ce sont de véritables partenaires d'apprentissage social. C'est dans ces relations que votre enfant développe sa capacité à coopérer, à réguler ses émotions, à résoudre des conflits de manière constructive et à comprendre l'impact de ses comportements sur autrui. Ces expériences répétées renforcent également l'empathie, la tolérance à la frustration et l'adaptabilité, autant de compétences essentielles à la vie collective.
3 pistes pour l'accompagner dans ces conflits
1. Aidez-le à mettre en récit la situation : commencer par revenir sur les faits permet de structurer l'expérience. « Qu'est-ce qui s'est passé ? » puis « Et juste avant ? ».
2. Nommez les émotions en jeu : identifier ce que chacun a ressenti aide à comprendre la situation. « Comment tu t'es senti ? » et « Et lui, à ton avis ? ».
3. Favorisez la réflexion plutôt que la solution immédiate : plutôt que de proposer une réponse toute faite, ouvrez la réflexion. « Que pourrais-tu lui dire demain ? » ou « Comment pourriez-vous faire la prochaine fois ? ». C'est dans cet espace de recherche que se construit l'autonomie sociale… et durable !
Sources :
- Dunn, J. (2004). Children's Friendships: The Beginnings of Intimacy. Oxford : Blackwell Publishing (coll. « Understanding Children's Worlds »).
- Wellman, H. M. (2014). Making Minds: How Theory of Mind Develops. New York : Oxford University Press.
- Santé publique France (2025-2026). Les compétences psychosociales : un référentiel opérationnel à destination des professionnels experts et formateurs CPS, Tome I (2025) et Tome II (2026).